Cap Vert : Mindelo, colorée et musicale

 

Jeudi 16 janvier

RDV avec René et Katelina sur Chat Mallow. Ils étaient curieux de voir sur quel genre de bateau nous pouvions bien traverser l’Atlantique. Nous les avons invités à prendre un verre à bord. Le couple de berlinois nous emmène ensuite dans un petit restaurant local qui sert de délicieux plats créoles pour moins de 5 €. Toile cirée et lumière bleutée façon hôpital, on y rentre pas pour la déco mais on y retourne pour la cuisine et la gentillesse du personnel.

Samedi 18 janvier

Journée cérébrale

Après une semaine en ballade, nous devons nous consacrer à cette activité aussi passionnante qu’excitante : les tâches ménagères. Sachez que le plaisir de l’aspirateur et le bonheur des lessives nous sont offerts à nous aussi vivant sur un voilier. L’étroitesse de l’habitat ne rend pas la tâche plus simple, loin de là. Mais après quatre mois d’amélioration continue de nos méthodes, nous tendons vers une certaine maîtrise de la disposition du fil à linge dans le carré.

Après une journée aussi passionnante, un peu de divertissement est le bienvenu. Les copains Dune passent nous chercher pour aller prendre un verre. Finalement, nous passerons une bonne soirée improvisée sur Chat Mallow autour de quelques verres de vin rouge espagnol et d’arepas maison.

Dimanche 19 janvier

Préparatifs transat #1

Les préparatifs pour la transat s’accélèrent. Nous entrevoyons une fenêtre météo pour partir mardi. La vidange de l’huile moteur est faite, le filtre remplacé. Les bateaux voisins s’affairent à la préparation de bocaux pour la transat. Nous nous laissons prendre au jeu et passons une bonne partie de la journée à préparer tajine et poulet basquaise. Pendant ce temps là, Mindelo est en effervescence. Des cris et des percussions résonnent, les gens défilent dans les rues. C’est une sorte de répétition pour le carnaval qui aura lieu le mois prochain.

Lundi 20 janvier

Préparatifs transat #2

Sur la place du marché se regroupent des vendeurs de fruits et légumes produits sur les îles aux alentours. Nos deux sacs à dos de quarante et vingt-sept litres ne demandent qu’à être remplis. Ils ne seront d’ailleurs pas suffisants pour l’avitaillement des trois semaines à venir. Bananes vertes, pommes, poires, citrons, oranges, choux verts, oignons, carottes, pommes de terre en quantité. Quelques courgettes pour la première semaine. De retour sur Chat Mallow, grand étalage dans le cockpit pour laver l’ensemble tant que l’eau douce est abondante, puis tout sécher et ranger. Cela contribue à maintenir le bateau propre et permet d’éliminer les éventuelles bestioles indésirables à bord (la peur du cafard nous fait prendre milles précautions). Dernier grand ménage, on prépare les lits des deux cabines. L’avant pour les étoiles, et l’arrière pour les nav agitées.

Mardi 21 janvier

Mindelo, ville musicale

Check-out à la douane et à l’immigration, dernière connexion internet, pour télécharger des livres et envoyer quelques mails. Plein de gaz, plein de diesel, plein d’eau et surtout plein d’impatience. Demain nous partons traverser l’Océan. Le moment tant attendu approche et notre excitation monte. Une éventuelle halte de deux ou trois jours sur l’île de Brava pour laisser passer une grosse houle et …. LET´S DO IT!

Nous cherchons un endroit pour prendre un dernier verre avant le départ avec Julie et Olivier. En milieu de semaine, le choix est restreint. Le micro Café Lisboa et ses cinq tables est une valeur sûre. Ambiance intime et musicale. Ah, la musique du Cap Vert… L’essence de la culture capverdienne, que Cesaria Evora a largement contribuée à diffuser dans le monde. Les concerts à Mindelo sont nombreux, souvent organisés dans des bars, des restaurants. Parfois des artistes renommés, attirent autant de touristes que de Capverdiens. Nous avons d’ailleurs passé une excellente soirée à découvrir la musique de Tito Paris à la Casa Morna. Rien d’étonnant finalement pour une ville reconnue comme la capital culturelle du Cap Vert. Et puis il y a ces initiatives impromptues, initiées par le cœur, l’envie de partager, d’exprimer ses émotions.

Ce soir au Café Lisboa, un homme a attrapé une guitare derrière le bar. Il s’est assis à sa table, et nous a offert sa musique et sa voix fabuleuse. Un concert privé de musique capverdienne et d’ailleurs, une initiative impromptue et généreuse qui aura donné une autre dimension à notre petite bière entre copains.

Mercredi 22 janvier

Interminable attente

Une météo capricieuse a repoussé notre départ pour la transat … Notre excitation est retombée et notre moral avec… Nous devrions pourtant être habitués direz-vous. Pas grand chose à dire de plus, Chat Mallow est au mouillage dans la baie face à Mindelo. Nous attendons que le temps passe ici, alors que nous en manquerons cruellement de l’autre côté.

Jeudi 23 janvier

Passion football

Dès le premier jour nous sommes tombés sous le charme de ces bus bleus et roses corail qui sillonnent la ville et ses alentours. Pourquoi ne pas succomber ? Nous montons au hasard dans l’un d’eux. Après une virée parmi les quartiers reculés de Mindelo, nous descendons à la plage de Laginha.

Il fait beau, c’est jour férié. Un match de foot s’est improvisé sur la plage. Les Capverdiens sont incontestablement des mordus du foot. N’importe quel petit village, aussi minimaliste soit-il, possède son terrain de foot. Lorsqu’un homme nous demande d’où nous venons, ses premiers mots sont souvent pour l’Olympique Lyonnais. Ainsi ont débuté de longs échanges avec notre interlocuteur de la police maritime, Zézé le barbier, Banane de Cha de Iglesia. Classements, joueurs, historique du club, suivis par les joueurs du Cap vert à l’international, tout y passe. Notre culture footballistique étant proche de zéro, nous veillons à ne pas briser leur enthousiasme et nous limitons à des réponses disons…générales. Acquiesçant la plupart du temps, variant le ton et l’expression de notre visage pour combler le vide nos propos… Nous ne pouvons que vous conseiller de réviser les classiques du ballon rond avant un voyage au Cap Vert. C’est un excellent moyen d’amorcer des échanges avec les personnes que vous rencontrerez.

Vendredi 24 janvier

Le départ pour la fin de semaine est en sursis. Une grosse houle descend sur nous jeudi prochain… Sans commentaires.

Samedi 25 janvier

En attendant…chinons

Quitte à être bloqués, autant en profiter pour arpenter de nouveaux quartiers de la ville. Parmi les pièces de moteurs, les palmes en plastique, les filets de pêche, et tout un bric-à-brac sur le thème du bateau, on trouve chez Julianne d’anciennes pièces d’accastillage XXL, provenant certainement d’épaves ou de vieux navires démantelés. Quelle que soit leur histoire, ces morceaux d’acier en sont chargés. Hélène déniche un gros crochet de palan de plusieurs kilos qui viendra compléter nos trouvailles des jours passés : une paire de pagaies en bois et une grosse poulie toute rouillée en attente de décapage.

Dimanche 26 janvier

Les bateaux du mouillage se rassemblent une dernière fois avant le départ (nous osons à peine l’écrire). Une dernière soirée à la Casa Mindelo pour liquider les derniers Escudos, échanger ses coordonnées et se souhaiter bon vent, belle mer.

Lundi 27 janvier

La fenêtre météo tant attendue se confirme. De nombreux voiliers quittent la marina. Jean-Alain et Marie-Joé, rencontrés à La Gomera, s’élancent pour la transat sur Manu Atea, leur Pogo 10.50. Un départ demain se profile pour Dune et nous. Mais après tant de reports, ne nous avançons pas trop.

Mardi 28 janvier

Faux départ

Beau soleil, légère brise sur le mouillage. Parfait ! Dune ouvre la route. Le chenal, zone classique d’accélération du vent, est incroyablement calme. Les conditions sont idéales, nous voilà enfin partis !

Enfin, presque… Après quelques milles parcourus, le pilote auto se met soudainement à dévier jusqu’à finir par décrocher. Impossible de tenir le cap. Nouveaux essais. Au moteur, sous voiles, à différents allures. « Bip bip bip ». Rien à faire. Pourtant la mer est calme et le vent faible. Après avoir passé en revue différentes pistes, nous vérifions les connexions. RAS. Il va falloir sortir la tête des notices et des fils et prendre une décision. Nous tarderons à nous y résigner même si nous savons qu’elle est inéluctable. Faire demi-tour. Reporter ce départ, réparer (combien de temps ??) et attendre la prochaine fenêtre météo… D’abord le désarroi. Puis le positif reprend le dessus. Vaut-il mieux retarder (encore) son départ ou bien se retrouver en pleine mer sans pilote auto à devoir barrer à deux 24h/24 pendant plusieurs semaines ? Dune rebroussent chemin à nos côtés. La petite Lou n’est pas en forme et ils ne veulent pas nous laisser derrière eux. Leur soutien est précieux et leur solidarité nous touche. Nous voici de retour à la case départ, au mouillage côte à côte dans la baie de Mindelo.

Olivier embarque le soir même sur Chat Mallow pour participer à l’examen de la panne. Sous pilote auto, le bateau dévie lentement et systématiquement sur bâbord, jusqu’à atteindre l’angle limite défini pour le « off course ». Sur l’afficheur, le signal du rudder (angle de barre) tend à dévier vers bâbord également. Après un nouveau passage en revue des connections et divers essais, le calculateur est mis en cause. Le compas est OK, le vérin également. Il semble que le calculateur ne transmette pas au moteur du vérin les instructions pour pousser la barre à droite (tension nulle aux bornes). Nous essaierons de réinitialiser le calculateur demain à la première heure. Il faudra ensuite le paramétrer à nouveau et le calibrer. L’étape de calibration doit se faire par mer calme et vent faible, or le vent doit monter demain dans la journée.

Qu’à cela ne tienne, ce soir nous fêtons l’anniversaire de Julie à bord de Dune. Gâteau au chocolat, champagne et bonne humeur sont des armes de choix contre la morosité d’un départ raté.

Mercredi 29 janvier

Pour calibrer notre pilote auto, nous devons sortir en mer.

À la première heure Fred se met courageusement à l’eau (visibilité à un mètre dans la baie hyper polluée et froide de Mindelo) pour débloquer le speedomètre requis pour le calibrage. Comme souvent après les longues escales, des petites algues se forment autour de la roue à aubes située sous le bateau, l’empêchant de tourner correctement. Si d’habitude elle se débloque toute seule après les premiers milles parcourus, aujourd’hui il a fallu l’aider un peu. Nous levons ensuite l’ancre et entamons la procédure de calibration dans la baie, parmi les gros navires au mouillage et le pêcheurs. Il faut faire décrire au bateau des cercles à une vitesse de rotation constante de 3 degrés par seconde et une vitesse linéaire inférieure à cinq nœuds. L’objectif est de compenser la déviation magnétique du compas, induite par les masses métalliques du bateau et les appareils électroniques présents à bord. Mais le vent est déjà soutenu, avec des rafales à 25 nœuds. Difficile d’effectuer des cercles à vitesse constante. Le vent et le clapot appuient sur la coque et font pivoter le bateau trop rapidement. Il faut rester très concentré. Quatre yeux ne sont pas de trop. Un sur le compas, un sur l’afficheur du pilote, un autre sur celui du speedo, et le dernier autour du bateau pour prévenir une collision et anticiper les rafales. Nous serrons les dents et croisons les doigts car nous savons que le vent ne fera que forcir les jours à venir, rendant cette manœuvre impossible. Après quatre essais et une dizaine de ronds dans l’eau, victoire! Pour cette étape en tout cas. Le reste de la calibration se fera également non sans difficultés, mais avec succès. Après plusieurs bords tirés en mer, le pilote a l’air de tenir. Le soulagement est immense.

Du jeudi 30 janvier au vendredi 1er février

Nous avons du mal à nous rendre aux Antilles, alors elles sont venues jusqu’à nous. Le destin a mis la Bodeguita sur notre chemin. Un peu à l’écart de la ville, dans les hauteurs de Mindelo, une ardoise attire notre attention. Mojitos, tapas. Exactement ce qu’il nous faut pour apprécier les dernières lueurs du soleil rasant. Mais la porte est fermée… Bruno passe la tête par la fenêtre. Il n’ouvre que dans une heure, il est en train de préparer une commande pour des clients. « Bon, allé, installez-vous, je vous prépare un petit mojito ! » Et quel mojito ! De loin en tête de notre benchmark.  Frais, sucré et acidulé, une menthe ultra-fraîche, une dose généreuse de Havana Club. En le goûtant, nous savions que nous reviendrons à cet endroit. La gentillesse de Bruno, originaire de la Guadeloupe, qui a pris le temps de discuter plus d’une heure avec nous, ses tapas généreux et savoureux n’ont fait que le confirmer. Deux fois en trois jours. Et encore, c’est parce que le troisième soir le vent soufflait trop pour sortir en annexe…