Guadeloupe : Plongées dans la réserve Cousteau

 

Jeudi 13 mars

Guadeloupe – Retour à Malendure, par la mer

Belle nav tranquille entre les Saintes et les îlets Pigeon, d’abord au portant puis au près. Du phare de la pointe de Vieux Fort jusqu’au Rocher de Malendure, nous découvrons de la mer la côte ouest de la Guadeloupe, déjà parcourue depuis la terre.

Nous mouillons l’ancre – hors de la réserve bien sûr – entre la plage de Malendure et les îlets, sur un fond de sable. Impatients de plonger dans la réserve marine, nous sautons du bateau avec masque et tuba. Un petit poisson pilote se cale devant le nez d’Hélène et ne la quittera pas. De grosses tortues piqueniquent dans les herbiers et ne fuient pas devant l’objectif de l’appareil photo. Les lambis, mollusques appréciés pour leur chair et leur conque, sont à portée de main, mais nous n’y toucherons pas. Nous ne toucherons pas non plus le joli poisson-lion aux pics venimeux. D’ailleurs, nous ne touchons à rien. Comment l’expliquer à cet homme bedonnant en slip de bain qui nous montre fièrement ses butins arrachés aux fonds ?!!

Il semble que le poisson-lion, originaire des océans Indien et Pacifique, ait envahi la mer des Caraïbes, jusqu’à devenir problématique. Pour la petite histoire, un cyclone aurait dévasté un aquarium de Floride en 1992 et quelques unes de ces rascasses auraient retrouvé leur liberté dans la mer des Caraïbes. Elles se seraient ensuite reproduites, sans prédateur pour réguler leur développement. Des mesures ont été prises en Guadeloupe pour en limiter le nombre dans la réserve. Quelques plongeurs ont ainsi l’autorisation d’en chasser une quantité déterminée.

 

Vendredi 14 mars

Les clubs de plongée sur la plage de Malendure ne manquent pas.

Nous nous étions renseignés auprès du centre des Heures Saines lors de notre premier passage à Malendure. La fille de ce club ayant été désagréable à souhait, c’est vers le CIP que nous nous dirigeons cette fois-ci. Le matos du club est OK et les tarifs également. La Canadienne qui nous renseigne est très sympa, disponible et elle se montre également très arrangeante pour organiser nos plongées. Nous aimerions faire une plongée sur épave, et une autre aux îles. Départ dans une demi-heure pour les îlets. On se garde le Franjack pour demain matin. Parfait. Juste le temps d’enfiler les combi et d’assembler le matos, nous voici à bord du bateau, en route pour les îlets. La plongée est prévue entre la Piscine et la Pointe Barracuda.

Nous nous mettons à l’eau avec un shorty 2,5 mm – pour la forme. Les eaux sont encore plus chaudes et plus riches que ce que nous avons vu aux Canaries. Avec une visibilité à plus de 50 m, le soleil presque au zénith offre une belle luminosité et relève les couleurs des poissons, coraux et éponges géantes. La réserve mérite incontestablement sa réputation. Pourtant très fréquentés par les plongeurs, les fonds sont d’une richesse hallucinante. Nous ne savons pas où donner de la tête. Il faudrait y plonger dix fois pour découvrir le site correctement. En vrac et dans le désordre : Balistes, thazards, poissons-perroquets, poissons-anges français, poissons-papillons, poissons-chirurgiens, serran nain royal, diodons, poissons-coffres, vieilles, éponges tonneaux, éponges tubes jaunes, gorgones, coraux en tout genre….

 

Samedi 15 mars

L’épave du Franjack

Pour compléter et désengorger les sites de plongée très réputés et très fréquentés des îlets Pigeon, trois vieux navires ont été sabordés (après avoir été assainis) dans la réserve marine : le Gustavia en 1991, le Franjack en 1996, et le Augustin Fresnel II en 2003. Un navire immergé est rapidement recouvert par la faune local, comme de belles éponges tonneaux, puis par de petits coquillages et crustacés. Les poissons (poissons-anges, pagres,…) attirés par ce réservoir de nourriture prennent leurs habitudes, et enfin ce sont les gros carnassiers (barracudas, carangues, requins,…) qui rejoignent l’écosystème du récif artificiel.

Aujourd’hui nous plongeons sur le Franjack, en compagnie de Fanny et Stéphane, plongeurs aguerris de Narbonne. L’ancien cargo sablier d’une cinquantaine de mètres est posé à -23 m, à plat sur un fond de sable. Le navire a été intégralement colonisé. Une large variété de coraux, éponges et coquillages recouvre chaque centimètre carré du navire, sa coque, son gréement, sa machinerie. Par banc ou en solitaire, des centaines de poissons gravitent ici. Une grosse murène verte a élu domicile dans une des cabines. Ils sont ici chez eux. Lorsque l’on prend un peu de recul pour se mettre face à la proue du navire, le spectacle est vraiment fort, presque émouvant. On imagine l’équipage, la vie à bord, le travail abattu, les milles parcourus. Etrange sensation, de voir ce bateau coulé – dramatique destinée pour un navire – et pourtant si magnifiquement intégré dans son nouvel environnement.

Retour de plongée, notre estomac est à présent aussi vide que nos bouteilles. Des bokitos (sandwich local préparé avec une pâte à pain légèrement frite) feront l’affaire pour un déjeuner sur le pouce. Chez Loulouse, snack créole sur la plage, Toto Cutonio fait vibrer les enceintes (!). En préparant son plateau d’expresso, notre serveur créole fan de musique italienne se dandine et fredonne, les yeux fermés pour mieux se laisser emporter par la dolce Vita. Une dizaine de petits oiseaux colorés picorent tranquillement dans le bocal de sucre des Ti-punch. Le soleil décline à présent, il est temps de lever l’ancre. Nous passerons la nuit dans la baie de Deshaie, avant de poursuivre vers Antigua.