La Dominique : Atterrissage en douceur

 

Mardi 18 février

Douces Caraïbes

Réveil à Prince Ruper Bay. Face à nous : plage, cocotiers et maisons en bois colorées, sur un fond en relief couvert de forêt tropicale. Voilà les Caraïbes. La douceur de l’eau, du sable, des couleurs au soleil couchant, la douceur de vie. Fidèle à nos souvenirs des îles Grenadines, découvertes en aout 2010 avec les copains. Même mieux en fait. En février, la brise rafraîchit et le soleil chauffe sans assommer. Les boat-boys sont sympathiques et discrets contrairement à ceux rencontrés Sainte-Lucie en 2010… Enfin, la plupart des voiliers du mouillage sont des bateaux de voyage. Tout est calme et reposant. Chat Mallow est au repos lui aussi. Son ancre est bien calée dans les fonds sableux. Il se débarrasse des dernières traces de poussière ocre du Cap-Vert à mesure que les grains s’enchaînent.

 

Mercredi 19 février

Richesses naturelles

De nombreuses années, Français et Anglais se sont disputés cette terre fertile située entre la Martinique et la Guadeloupe. Outre les batailles qui les opposaient, les adversaires s’unirent souvent pour repousser les autochtones, appelés Indiens Caraïbes. En 1783, la Dominique revient finalement aux Anglais. Les Caraïbes ont été tristement regroupés dans une réserve de 2000 hectares à l’est de l’île. Depuis 1978, la Dominique est devenue un état indépendant du Commonwealth. Les noms des villes témoignent de ces années d’occupation. Vous pouvez aujourd’hui vous promener à Porthmouth, Hampstead Beach, mais également à la Soufrière, Petite Savane, ou aux Mornes des Trois Pitons.

Nous descendons à terre pour les formalités douanières et un premier contact avec la petite ville de Portsmouth. Propre et colorée, la rue principale longe la plage. Les arbres fruitiers s’étalent généreusement sur les trottoirs. Mangues, fruits de la passion, bananes… Il semble qu’ici l’eau tombe abondamment du ciel et la nourriture des arbres. Une effluve sucrée et poudrée nous arrête net. La tête plongée dans les buissons, nous respirons feuilles et fleurs une à une pour en identifier l’origine. Un rasta amusé vient à notre rencontre. Il nous parle avec bienveillance de la place prépondérante de la nature en Dominique, du cycle de vie des arbres fruitiers, de la relation forte et respectueuse qui lie les Dominiquais à ce patrimoine… S’ils sont conscients du levier de croissance que représente le tourisme, c’est vers l’écotourisme qu’ils se sont exclusivement tournés. Les atouts naturels de l’île nous avaient déjà séduits, et cette approche durable nous enthousiasme d’autant plus.

 

Jeudi 20 février

Le Nem’s Juice bar

Nathou est arrivée en Dominique il y a plus de trente ans. Elle est cool, joviale et dynamique. La Dominique c’est chez elle, et elle en partage volontiers les secrets. Cette Française et Dominiquaise d’adoption régale Prince Rupert Bay de ses jus, smoothies et punchs ultra-frais depuis plus de six ans. Maracujas, goyaves, bananes, « bread fruit », et bien d’autres. Des fruits mûrs à point, tout juste tombés de l’arbre. Il y a aussi l’Oseille , une variété d’hibiscus, aussi esthétique que délicieuse en infusion. Un vrai coup de cœur. Pour ne rien gâcher, ces cocktails survitaminés se sirotent les pieds dans l’eau, à l’ombre des cocotiers ou sur la jolie terrasse colorée du Nem’s Bar.

Entre les discussions passionnantes avec Nathou, le cadre idyllique et accessoirement le super débit de la connexion Wi-Fi, le temps file au Nem’s bar. Si vous passez par Prince Rupert Bay, vous trouverez le Nem´s bar face au mouillage situé au Nord de la baie. Sa façade est verte entre le « Big Papas » (bleu) et l’atelier d’artisanat de Felix.

 

Vendredi 21 février

L’Indian River, découverte de la mangrove en barque

Nous nous dépêchons de terminer notre jus quotidien chez Nathou, car nous avons rendez-vous pour remonter la Rivière Indienne. L’accès à cette rivière est réglementé. Autorisée uniquement à la rame, avec un guide. L’occasion d’en apprendre plus sur la faune et la flore des Caraïbes. James ne nous épargnera pas ses quelques blagues potaches de G.O. Mais sous cette couverture, James est une mine de connaissances. Il est incollable.

Dans les rires et la bonne humeur, notre petite barque s’enfonce dans l’eau saumure de la mangrove. Lianes, fougères et épiphytes s’entremêlent autour des « blood wood », palétuviers et autres arbres aux racines surréalistes. Malheureusement, nous ne verrons pas de gommiers, arbres dans lesquels les Indiens Caraïbes sculptaient leurs barques. Nous nous faisons discrets pour épier hérons verts, hérons bleus, aigrettes, martins pêcheurs et iguanes.  Comme beaucoup d’autres endroits en Dominique, ce lieu à l’ambiance si particulière a servi de décor au film Pirates des Caraïbes.

A mi-parcours, la barque s’arrête… au ponton du bar de l’Indian River ! Improbable. Cette halte aussi inattendue qu’imposée nous rappelle que les excursions organisées ne sont décidément pas notre truc. L’endroit est toutefois charmant, construit avec goût et parfaitement intégré à la forêt. La charpente en bois est couverte de paille de vétiver. Si certaines variétés de vétiver sont utilisées en parfumerie (l’essence est obtenue en en distillant les racines), il est ici réservé à la couverture. Nous profitons finalement de cette halte forcée pour faire un tour sur les bords de la rivière et ramasser de jolies petites graines de santal rouge (Adenanthera pavonina), à monter en bracelet au cours d’une prochaine navigation.

 

Samedi 22 février

Prince Rupert Bay présente un problème majeur. On s’y sent tellement bien qu’il est difficile de s’y arracher. Nous optons pour une activité alliant l’utile et l’agréable : le carénage de Chat Mallow. Palmes, masque et tuba, nous nous affairons autour de la coque avec nos éponges et spatules en plastique. Un coup d’œil aux poissons au passage. Il nous faudra plusieurs sessions pour venir à bout de cette barbe verte peuplée de pousse-pieds.

 

Lundi 24 février

Bye Bye Dominique

Nous nous arrachons à la Dominique avec la ferme intention d’y revenir. La grande voile reprend du service après un mois et demi de repos (la transat s’étant faite sous voiles d’avant seules). Direction la Guadeloupe. Quinze à vingt nœuds de travers, puis bon plein. Mer peu agitée. Chat Mallow se cale sur son rail et progresse à plus de six nœuds entre les Saintes et Marie Galante. Nous renouons avec les plaisirs presque oubliés d’une nav au près. Pour reculer autant que possible notre retour à l’agitation urbaine, nous préférons passer la nuit à l’Ilet à Cochons, face à Point-à-Pitre.