Madère : Santana – Levadas de Caldeirão Verde et Caldeirão do Infirno

 Vendredi 25 Octobre

En bus pour Santana

Nous bouclons nos sacs pour trois jours de randonnées. Les prévisions météos annoncent un coup de vent pour la nuit de lundi à mardi. Nous rentrerons donc pour être à bord cette nuit là. En attendant, ran-do! Nous ajoutons quelques mètres de chaîne au mouillage et laissons l’annexe sur une panne dans le petit port. Nous souhaitons nous rendre à Santana, sur la cote NE de l’île, pour y passer la nuit. Plusieurs randos sympas sont accessibles depuis ce secteur. Le village est également connu pour ses petites maisons traditionnelles aux toits de paille.

Nous rejoignons Sao Roque de Faial en bus. Un vieux bus Volvo des années soixante. Dossiers en mélamine et assises en skaï. Trois places d’un côté, deux de l’autre. Des suspensions et une insonorisation inexistantes. Un modèle du genre increvable qui baroude sur les routes sinueuses et vertigineuses de Madère, qui avale les côtes et dévale les pentes de cette île qui ne connaît pas le plat. Les paysages rappellent ceux de la région de Batad aux Philippines. Un univers vertical dans lequel l’homme s’est immiscé en creusant d’innombrables terrasses. Nous terminons le trajet grâce à un moyen de transport redoutablement efficace sur l’île: le stop.

Arrivés à Santana en fin d’après-midi, nous posons nos gros sacs dans l’une des cinq auberges de jeunesse de l’île. Certainement la plus récente et la plus moderne de toutes. Une maison traditionnelle refaite à neuf et une extension à l’architecture moderne et probablement BBC. Nous sommes seuls dans tout l’établissement. Des centaines de mètres carrés pour nous, la cuisine équipée, le grand salon au RDC, le petit salon à l’étage, les salles de bain. Pour dix euros la nuit. Un vrai bon plan.

 Samedi 26 octobre

Levadas de Caldeirão Verde et Caldeirão do Infirno

Nous partons randonner le long d’une « levada », comme il est courant de le faire ici. Les levadas sont des canaux d’irrigation qui ont été construits afin d’acheminer l’eau des zones les plus humides de l’île vers les plus sèches (globalement du nord vers le sud). Les premières datent du XIVème siècle. Les plus récentes des années quarante. Ce réseau d’irrigation fait aujourd’hui le bonheur des randonneurs. En longeant les canaux, il est possible de s’aventurer au cœur de la forêt primaire luxuriante à flanc de falaise et de s’engouffrer dans d’étroits tunnels pour traverser les montagnes.

Depuis Santana, nous empruntons à pieds la direction de Queimadas, à 900m d’altitude. La route grimpe franchement. Un homme nous fait signe de monter à l’arrière son pick-up. Quelques minutes plus tard, nous voilà au départ de la randonnée. Nous commençons à longer la levada, le parcours à flanc de falaises est sublime et ludique. Le vide vertigineux est étouffé par la végétation abondante. Un univers vertical, envahi par la flore, dans lequel l’homme s’est frayé un petit chemin. La prouesse technique de la construction des ces levadas ne cessera de nous impressionner. Comment les matériaux ont-ils été acheminés ? Comment les falaises ont-elles été creusées ? Comme un fil d’Ariane, nous suivons le petit ruisseau, parfois sous d’obscures tunnels, à la lumière de nos frontales. Après 1h50 de marche, nous découvrons le fameux Chaudron Vert. Une cascade dévale le long d’une immense paroi recouverte de végétation. La piscine naturelle qu’elle alimente invite à la baignade, mais la petite pluie ne nous encourage pas à quitter nos coupe-vents. Nous poursuivons vers le Chaudron de l’Enfer. Quelques marches taillées dans la pierre nous permettent de rejoindre une levada située plus en altitude. Nous nous enfonçons dans un tunnel. Après quelques minutes, un grondement sourd recouvre le bruit de nos pas. De plus en plus fort à mesure que nous avançons. Un grondement d’eau dévalant avec fracas. D’où vient ce bruit ? Une cascade au milieu du tunnel ? Nous ne voyons pas à plus de deux mètres. Alors nous avançons. À la sortie du tunnel, le spectacle est grandiose et le bruit assourdissant. Nous nous trouvons dans une gorge étroite et encaissée, au pied d’une cascade dont le bruit résonne entre les roches verticales. Certainement le passage le plus fascinant de la ballade. Un peu plus loin, le Chaudron de l’Enfer, tout aussi sublime que le précédent, nous accueillera pour la pause déjeuner. Le retour se fera par le même chemin, mais d’un pas plus rapide.

Aperçu de la randonnée le long de la levada Calderão Verde et Calderã do Infirno, entre tunnels et cascades. Vert, verdoyant, vertigineux.