Départ de la Gomera pour le Cap Vert… ou pas

Dimanche 15 décembre

Une dernière mise à jour des fichiers météo donne un vent N-NE de vingt cinq nœuds avec une houle d’un mètre cinquante pour les trois jours à venir. Dès mercredi, le vent doit forcir et la houle se creuser à quatre ou cinq mètres. Dernières discussions sur le ponton. On récapitule les plans de chacun. On se dit au revoir ou à bientôt. Norayv part pour Dakar et Manu Atea pour Mindelo au Cap Vert également.

14h00 : Nous quittons San Sebastian de la Gomera en même temps que Norayv. Après avoir repassé les bosses de ris correctement (suite à la réparation du lazy bag) nous établissons les voiles en ciseaux pour tirer profit au maximum des quinze nœuds de vent arrière. La petite houle que nous prenons de 3/4 arrière n’est pas gênante. Rapidement, nous nous écartons de Norayv qui fait cap plus à l’est. A mesure que nous nous éloignons de la Gomera, la houle ne rentre plus par le nord, mais par l’est. La période est courte (4 sec), mais l’amplitude reste faible. A la VHF : « Securidad. Securidad. Securidad. Llamada general. Llamada general ». Nous tendons l’oreille. Le message de sécurité signale la présence d’un tronc de sept mètres de long et d’un mètre de diamètre à la dérive. Nous localisons le secteur concerné grâce aux coordonnées GPS communiquées. Il est sur notre route. Il va falloir ouvrir l’œil. La tempête de la semaine passée a fait d’importants dégâts et la mer en transporte les débris. Nous avons déjà croisé deux grandes branches de bois à la dérive depuis le départ. Nous passons à l’est de la position signalée pour éviter la rencontre malheureuse.

20h30 : La petite houle hachée d’un mètre cinquante s’est creusée. Pratiquement trois mètres à présent, de travers. Peut-être un effet local. La période est toujours aussi courte. Le contenu des placards et coffres valse joyeusement.

22h30 : Le vent est tombé et ne porte plus nos voiles. Elles se gonflent à contre et claquent à chaque houle malgré les retenues installées. Car la houle est toujours aussi creuse. L’hypothèse de l’effet local est de moins en moins probable. La divergence entre prévisions et réalité, aussi bien au niveau du vent que de la houle, nous amène à reconsidérer notre destination. Il est encore temps de se rabattre vers El Hierro et de s’adonner aux plaisirs de la plongée en attendant plus de stabilité. Mais l’idée de repousser encore notre voyage vers le Cap Vert, et de fait la traversée, ne nous enchante pas. Après une demi-heure à peser le pour et le contre, nous changeons de cap et, devant l’absence de vent, enroulons les voiles. Direction El Hierro, au moteur. La houle vient maintenant par l’arrière. Impressionnante vue du cockpit, mais bien plus confortable. Nous ne sommes pas en course et le risque de casse ne vaut pas la peine d’être couru. Et puis c’est aussi ça un voyage en voilier. Prendre le temps de s’adapter au temps. Pour tenir un planning, mieux vaut choisir l’avion.

3h30 : Nous nous reposons sur les banquettes de quart, minuterie programmée pour une veille régulière. Un fracas nous fait soudain sursauter, puis un second. Une vague (scélérate?) bien plus haute que les autres a déferlé… dans le bateau !!! Sans y avoir été invitée, celle-ci s’est engouffrée par la descente. Oui, oui, à l’intérieur de notre petit Chat Mallow ! Nous qui le tenions à l’écart du sel avec tant de précaution… Comme si la mer avait voulu nous rappeler qui était le chef ! Sans vraiment comprendre ce qui s’était passé, nous allumons la pompe de cale et nous nous jetons sur les éponges. Rincé. De la salle de bain à la cuisine, en passant par le carré. Par miracle la table à cartes et l’ordinateur y ont échappé. Après avoir évacué l’équivalent d’une dizaine de seaux d’eau de mer, nous ne sommes pas au bout de nos peines. TOUT est salé. Les murs et les planchers évidemment, mais aussi l’intérieur et le contenu des placards, des coffres, et même du frigo ! Bref. Voilà le programme de demain tout trouvé…

4h30 : Arrivée au port d’El Hierro. La marina semble moins remplie par rapport à notre dernière escale. Nous n’aurons pas à nous amarrer sur le quai des pêcheurs cette fois-ci. Une place en bout de ponton fera l’affaire pour finir la nuit.