Traversée Canaries – Cap Vert

 

Mercredi 1er janvier 

8h30 : Ahh, c’est un peu tôt pour un lendemain de fête, mais l’excitation nous sort du lit. L’agitation qui s’en suit prévient le coup de barre de fin de matinée. Car c’est le départ !

Impatience de retrouver la mer, le rythme si particulier des traversées, et malgré tout une pointe de nostalgie de quitter ce et ceux que nous avons tant appréciés ici.

12h00. Sur le ponton : William et Charlène de Chogun, Claudia et Michael de Kassiopeia, Julien de Indigo et enfin Katia et Andreas qui partiront juste après nous sur Sea-Saphir.

Carlos vient à notre rencontre sur le zodiac du club avec ses plongeurs du jour, quelle belle surprise ! Il nous escortera pour nous dire au revoir jusqu’à ce que l’on hisse les voiles. Début de nav à l’unisson avec Dune et Ovéa. Il fait beau, la mer est calme sous le vent de l’île. Avec cinq à dix nœuds de vent, pas de quoi battre des records, mais simplement se faire plaisir. Retrouver la brise dans les voiles et l’eau qui glisse sous la coque, sous un beau soleil. Rapidement le vent tombe. Puis la nuit. Notre flottille poursuit sa route au moteur plein sud. Le contact visuel est maintenu grâce aux feux de navigation.

22h30 : Il fait déjà nuit depuis quatre heures. A quelques jours du solstice d’hiver, les quarts de nuit ont la part belle. 12H/24H… Hélène se plonge sous les couvertures et Fred dans son bouquin. Dix à douze nœuds de vent, nous renvoyons les voiles. 

Jeudi 2 janvier 

3h30 : Les dernières lueurs des feux de navigation de nos compagnons disparaissent à l’horizon. Nuit sous voile, avec un léger vent d’une dizaine de nœuds, secteur nord-est tournant est.

9h00 : Contact VHF avec Ovéa pour faire un point matinal, bien qu’il soit hors de vue. C’est agréable, une fois n’est pas coutume, de savoir que l’on partage cette nav avec d’autres voiliers.

11h00 : Vent d’est, quinze nœuds. Houle de nord-est, un à deux mètres, période de douze secondes. Mer de vent d’est, un à deux mètres, parfois irrégulière, période de trois à quatre secondes. Peut-être l’effet d’une variation brutale de la hauteur des fonds (passage franc de 3000m à 840m).

La journée est tranquille et propice à la lecture. Barjavel fait place à Agatha Christie et le guide des Îles de l’Atlantique est ouvert à la page du Cap Vert. Côté météo, c’est une belle journée ensoleillée, avec des rangs de cumulus tout plats et bien alignés. Le vent est frais. Un bon pull est nécessaire pour rester dehors et respirer l’air du large.

19h30 : Début des quarts de nuit.

21h00 : Le vent devrait forcir dans la nuit. Nous prenons un ris dans la GV, grand largue, en prévention. Il sera toujours plus facile de le relâcher que de le pendre en pleine nuit, bon plein, quant vent et houle auront forci.

Pas de lune, il est difficile de distinguer la ligne d’horizon. Les étoiles sont parfaitement dégagées et semblent d’autant plus scintillantes que la nuit est noire. Les reflets fluorescents du plancton dans notre sillage leur fait écho. Ce spectacle est toujours fascinant. Et tellement loin de nos expériences citadines quotidiennes…

Vendredi 3 janvier

Sous voiles d’avant seules

Les conditions sont vraiment excellentes. Sous GV, avec génois tangonné au vent, nous améliorons notre moyenne de vitesse quelque peu pénalisée par les vents faibles du premier jour.

Dans l’après-midi, nous essayons une autre configuration de voiles. Nous affalons la GV pour utiliser uniquement nos deux voiles d’avant, en ciseaux, pour minimiser les départs au lofe dans les houles. Cette configuration nous a été vantée plusieurs fois pour les allures au portant. Voyons comment le RM 10.50 y réagit. Génois tangonné au vent et trinquette déroulée sous le vent, l’essai est encourageant. Tracté par l’avant, Chat Mallow se redresse beaucoup plus rapidement à la sortie des grosses houles. La trajectoire est plus directe, notre vitesse de surface (SOG) s’améliore sensiblement, avec une surface de voile inférieure et surtout plus simple à réduire si le vent monte (génois et trinquette sont sur enrouleur). Après une heure, nous relevons une moyenne de sept nœuds avec quinze à vingt nœuds de vent réel, au grand largue. Configuration adoptée !

Dans la nuit, le vent et la houle se renforcent sensiblement. Vingt à vingt-cinq nœuds. Il est plus prudent d’enrouler un peu de génois. Côté lecture, le Meurtre sur le Nil est à présent élucidé.

Samedi 4 janvier

Chat Mallow est un surfeur

Vent Nord-Est, vingt-cinq nœuds, mer forte et croisée.Nous avons toujours la même configuration de voiles. Génois tangonné et trinquette. Au sommet des vagues, le bouillon des déferlantes nous propulse en avant. Chat Mallow fuse et part au surf dans le creux des vagues. Avec sa carène plate et son poids plume, le RM 10.50 semble être dans son élément. Puis Chat Mallow accélère brutalement en redescendant une vague un peu plus raide que les autres. Alors que nous nous extasions sur une pointe à douze nœuds, son nez s’enfonce dans l’eau et il termine sa course baille à mouillage immergée ! Pas un « planté de la mort » à la Jean Le Cam (cf. Vendée Globe 2012) mais le signe qu’il est temps de réduire la voilure et d’enrouler un peu le génois.

A bord, la préparation d’une brioche aux raisins occupera une bonne partie des quarts de nuit. Pour un résultat, disons… à améliorer !

Dimanche 5 janvier

Sous le soleil et les déferlantes

Il fait un temps superbe mais nous ne pouvons pas nous installer dehors pour petit déjeuner. Le cockpit est régulièrement arrosé par des vagues secondaires prisent de travers. Avec un bon café, la part de brioche fraîche est finalement bien appréciée. Depuis que notre cafetière italienne a repris du service, le stock de café instantané ne sert plus qu’à caler les coffres.

Dans la journée nous lisons l’ensemble des documents rassemblés sur l’île de Santo Antão au Cap Vert. L’escale promet une fois de plus d’être fabuleuse…

Lundi 6 janvier

Happy Bday capitaine

Aujourd’hui Fred passe le cap de la trentaine. En attendant le Horn… Pour l’occasion, mer et vent se sont calmés, le soleil brille, et le thermomètre a fait un bon de dix degrés. La journée est particulièrement douce et le bateau stable, nous n’en attendions pas tant. Un repas d’anniversaire atypique sur le pont de Chat Mallow, les yeux dans le bleu, Sydney Becket dans les oreilles et une flûte de champagne à la main. Mémorable.

Une fois la nuit tombée, notre alarme de sondeur se déclenche, puis perd le signal. 5,1 m. Ce n’est pas la première fois que cela se produit. Certainement un poisson qui passe sous le bateau et réfléchit le signal du sondeur. Quelques instants après, l’alarme à nouveau : 4,6m. Puis 4,5m …! Décidément, les poissons se plaisent sous Chat Mallow. A moins qu’il ne s’agisse d’un gros modèle ? Une baleine ? On dit qu’elles sont nombreuses près du Cap Vert …

Vers minuit, nous nous engageons dans le chenal large de 7 milles entre Sao Vincente et Santo Antão. Propice aux effets venturi, le secteur est réputé pour ses accélérations de vent, mais tout se passe calmement pour nous. À peine quinze nœuds avec un courant de marée en notre faveur.

2h30 : La baie de Mindelo s’ouvre sur bâbord. Un alignement nous permet de rejoindre la zone de mouillage sans craindre les nombreuses épaves. Installés dans le cockpit, avec les instruments de bord répétés sur l’iPhone (notamment la positon AIS des autres navires), l’approche de nuit n’aura été qu’une formalité. Nous nous faufilons à travers les nombreux bateaux au mouillage et les quelques épaves. Au bout du second essai, l’ancre est plantée. Bonne nuit !

Mardi 7 janvier

Hello Mindelo !

Dans la baie de Porto Grande, la zone de mouillage est partagée entre de nombreux voiliers et des vieux cargos tout rouillés, au mieux à l’ancre, au pire échoués. Les épaves bien émergées ou affleurantes font partie du décor. Un paysage d’un temps passé, une atmosphère qui fleuretterait  avec le sinistre sans les couleurs pastel de la ville et le soleil.

Dune, ayant levé le pied pour arriver de jour, nous rejoignent au mouillage au petit matin. Nous descendons tous à terre pour régler la partie administrative (police, immigration) et un premier contact avec Mindelo. Nos premiers échanges – bien que brefs – nous enthousiasment. Beaucoup de personnes parlent couramment le français ou l’anglais, ce qui facilite considérablement les choses… Et si ce n’est pas le cas, la communication se fera malgré tout à grand renfort de sourire et de portugnol (mix portugais espagnol). Nous avons le plaisir de trouver des personnes accueillantes et arrangeantes, à l’exception du type de l’immigration, aussi expressif qu’un corps-mort…

Niveau décor, une fine plage de sable, partiellement couverte de végétation court le long de la ville. Pas de touriste sur chaises longues ici, mais les barques hautes en couleurs des pêcheurs qui attendent d’être mises à l’eau, servant parfois de table de jeux ou de banc improvisé. Quelques embarcations attendent même d’être réparées sur le trottoir ! De beaux bâtiments coloniaux aux couleurs pastel côtoient les petites échoppes bien rudimentaires et les nombreux bazars chinois.

Mercredi 8 janvier

Ovea arrive au mouillage, ils ont passé la nuit à la cape pour arriver de jour. Nous emmenons Chat Mallow à la marina pour partir sur Santo Antão une petite semaine sans avoir à s’inquiéter de l’ancre qui dérape. Mauvaise surprise, les pontons sont vraiment casse-bateaux. A cause du ressac, du vent et des pontons mal ancrés, les à-coups sur les amarres sont violents. Croisons les doigts pour que rien de casse.